Vital Kamerhe : jugé par la politique, libéré par la politique

À l’annonce de la libération de Vital Kamerhe hier, j’ai reçu au moins quatre appels des gens me demandant si j’étais satisfait, comme si j’étais l’avocat ou un membre de sa famille. Je ne suis ni l’un ni l’autre.Je n’ai jamais défendu Vital Kamerhe; je me suis plutôt opposé à la manière dont son procès avait été conduit. Un procès qui a étalé au grand jour les insuffisances du système de justice congolais et des juristes congolais, dont le niveau prête souvent à sourire. La libération de Kamerhe peut être analysée de deux manières : il y a la manière congolaise où tout est traité avec une certaine légèreté selon les états d’âme des uns et des autres; et la manière logique qui exige des observateurs une certaine neutralité dans l’appréciation des faits. On ne peut pas prétendre que la remise en liberté de Vital Kamerhe porte un coup dur à l’état de droit alors que ce prétendu « état de droit » n’existe pas et que son procès était loin d’être juste, sérieux et équitable.Même si je reste persuadé qu’il y a eu détournement et corruption dans cette affaire des 100 jours (comme dans bien d’autres d’ailleurs), je refuse de cautionner un procès politique bâclé qui répond à un agenda qui n’a qu’un rapport très lointain avec l’état de droit. C’est une question de principe. Au lendemain du procès Kamerhe, j’écrivais ceci dans un post (« Procès Kamerhe: entre principes et sentiments personnels »), le 18 juin 2020 : « Parfois nous sommes confrontés à des situations qui nous amènent à faire des choix délicats : faire parler nos sentiments et/ou nos émotions ou défendre des principes qui, eux, peuvent bousculer nos désirs ou souhaits les plus profonds. Moi, j’ai choisi de défendre les principes qui sont les miens, même quand ceux-ci vont à l’encontre de mes désirs les plus profonds. J’ai été très dur à l’égard de Vital Kamerhe, mais ma conscience m’interdit de soutenir tout acte ou processus judiciaire inique qui le viserait. C’est comme ça… »Je n’ai toujours pas changé d’avis. Vital Kamerhe est le produit du système qui a cherché à se débarrasser de lui. Autant « la guerre est une continuation de la politique par d’autres moyens », dixit Carl Von Clausewitz, autant la « guerre par le droit », bien qu’invisible à l’œil nu, est, elle aussi, une continuation de la guerre par des moyens détournés. Dans l’affaire Kamerhe, l’on a assisté non pas à la manifestation judiciaire de la vérité, mais bien à la construction juridique d’une vérité politique discutable. Le vernis juridique a permis de donner au narratif officiel un parfum de légalité à des pratiques discutables. Quoi que l’on puisse penser de Vital Kamerhe, il n’avait pas à être en prison suite au procès bâclé sous le manguier auquel le monde entier a assisté. Je n’ai cessé de dire ici même que ce procès était politique. C’est la politique qui l’a envoyé en prison et c’est la politique qui l’a fait libérer.Seul l’avènement d’un état de droit véritable en RDC permettra de mettre fin à ce genre de cirque.Je bois mon lait nsambarisé..

Patrick Mbeko

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